De l’importance de l’émotion

Par grégoire | Publié le 25 mai

En réaction et à rebours d’articles d’un rédacteur que j’ai pu lire sur le site dans la rubrique "Construire", je me permets d’utiliser ce moyen d’expression libre pour donner ma vision/conception des émotions et leur place aujourd’hui.
Je lis dans ces textes qu’il serait, en quelque sorte, mal venu de se laisser guider par les "forces émotives" (l’expression revient à plusieurs reprises) que l’on peut ressentir. A cette perception, je ne peux que m’opposer.
L’Homme est, à mon sens, un être doté d’un coeur et sujet à des émotions qu’il ne peut (ni ne doit ?) réprimer, et, pour paraphraser, je ne sais plus qui (Brecht ?), le coeur doit etre le médiateur entre les mains et le cerveau. Je pense justement que c’est au travers de nos émotions que l’on peut appréhender une situation. Il me paraît impossible de faire abstraction totale de nos émotions dans un jugement puisque la Vie humaine ne peut se résumer à un aspect physiologique (coeur qui bat) et ne prend sens à mes yeux que par les émotions : joie, amour, tristesse, plaisir, bonheur, peur, colère,...
Là où je rejoins l’auteur de ces articles c’est qu’il est important de faire la part des choses entre ce qu’il en est et ce que l’on souhaiterait qu’il en soit (ou ne soit pas), et de réussir à garder une relative neutralité objective/factuelle.
Néanmoins, je trouve erroné de penser qu’on puisse faire abstraction des émotions dans un jugement ou une approche. Renier/refouler l’émotion renvoie à cette vision froide quelque peu transhumaniste de l’espèce humaine selon laquelle un intellect supérieur dénué d’émotion (et donc d’amour et d’empathie) serait seul à même de gouverner, diriger selon une forme de calcul algorythmique. Bref, l’émotion et les sens sont, selon moi, ce qui nous différenciera toujours d’un robot, le plus évolué soit-il.
Je reconnais aussi malheureusement cette posture dans un certain nombre de nos gouvernants et élites, des gens très cultivés et très intelligents mais trop formatés et ainsi dénués d’empathie et de compassion. (Or, la richesse humaine est, pour moi, dans la multitude et la variété, et donc dans le débat plutôt que dans une vision monolithique). Même si l’on se met soi-même souvent face à ses contradictions en ayant un avis arrêté (mais après réflexion), essayons toutefois de garder une certaine humilité et de se défendre de dire "il faut faire ci ou ca". J’avoue que c’est ce que je ressens dans ces articles que j’ai personnellement trouvés moralisateurs et quelque peu condescendants. Mais pourtant, on ne sait pas précisément de qui ni de quoi il y est vraiment question.
Deux autres points m’ont dérangé dans la réflexion qui en émerge :
 Tout d’abord, si les "Champsaurins" sont si bien dans leurs baskets, en quoi la colère ou ce prétendu jugement de certains les dérangerait vraiment ?
 Enfin, à contrario de ce que j’ai lu, je pense, moi, que l’avenir de l’être humain n’est pas "individu" mais que ce dernier est au contraire un "être social". C’est le couper du lien social et de la relation à l’autre qui engendre les sentiments de peur, d’anxiété, de mépris ou d’indifférence, alors, qu’à l’opposé, ce n’est que par la curiosité , la rencontre, la proximité, la connaissance et la confrontation à l’autre que l’on peut éprouver l’amour, l’empathie et la compassion.
Si la vie est belle, c’est parce qu’on rit, qu’on pleure, qu’on danse, qu’on chante, qu’on court, qu’on se révolte, qu’on se réconcilie,qu’on partage, qu’on utilise nos cinq sens... Et qu’on réfléchit et analyse. Aussi, bien sûr. Mais en grande partie via le prisme de ce que je viens de citer.
Pour conclure, je terminerai par quelques mots sur le sentiment de peur car il est malheureusement omni-présent en ces temps troubles, de division, de haine et de guerre. L’humain est quotidiennement ramené à c(s)es peurs, au rang desquelles bien sûr la peur de mourir, que ce soit du covid ou d’un autre virus, par exemple, d’un vaccin, d’une guerre, la peur d’être malade, la peur de perdre son travail, ses loisirs, ses relations, son confort, la peur du jugement de l’autre ou de l’autre lui-même et de ses différences, le peur de l’avenir,... Selon moi, c’est plutôt pour nous délivrer de cette peur permanente qui altère notre jugement et nos décisions que nous devons mobiliser notre mental et cette "intelligence" dont l’auteur nous parle. Ces peurs sont plus ou moins rationnelles (et c’est sans doute le propre d’une peur ou d’une phobie, ou la différence entre les deux) et j’y suis moi-même sujet même si j’essaie de m’en extraire et de me persuader du contraire. Peut-etre ai-je bien peur de la voie que prend notre société, cad l’uniformisation, l’aseptisation, l’individualisation, la compétition exacerbée, la numérisation outrancière, la surveillance généralisée, en bref un monde qui ne me procure aucune joie et duquel la seule issue serait la mort ou la dépression... Alors, oui, je combats tout cela d’une façon ou d’une autre et en ce sens seulement, on pourrait juger mon action égoiste ou intéressée et éventuellement me la reprocher...
ps : le texte prend, je trouve, d’autant plus de sens dans le fait que j’ai pris le temps de le publier ici en plein entre les deux tours d’une élection ou la peur (du changement, de l’autre, de la mort,...) aura été la grande vainqueur...
Grégoire

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