Des centrales au sol photovoltaïques à la place de nos forêts des Alpes du sud ?

De José Pluki

Par Neige | Publié le 22 janvier

Des centrales au sol photovoltaïques à la place de nos forêts ? Est-on obligé d’être imbécile et destructeur à chaque fois ! Un choix contestable, des alternatives possibles et pertinentes.

Un choix contestable, des alternatives possibles et pertinentes.

La France a un grand retard dans le développement des énergies renouvelables (ENR) et les économies d’énergies. Le manque de volonté public, le fameux laisser faire libéral n’explique pas entièrement ce choix. D’autres pays libéraux se sont lancés dans leur développement. Ne pas faire baisser la consommation permet de ne pas chagriner les multinationales de l’énergie. Ne pas développer les ENR rend le choix du tout nucléaire pertinent. Mais le parc nucléaire vieillit et son renouvellement est compliqué, cher et lent. Si EDF était une compagnie de taxis, elle serait à la tête d’une flotte de R18 et de R16, bien amortie mais dont les disponibilités seraient bien problématiques. Surtout que face au vieillissement de son parc cette compagnie de taxis a décidé de rogner sur ses frais de maintenance qui explosent et de mal payer ses garagistes. Moralité : elle trafiquote les contrôles techniques. La compagnie de taxis est sauvée financièrement par son renflouement public régulier. Son image est sauvegardée par une agence de comm. brillante et convaincante. Si le nucléaire était une compagnie de taxis, il empêcherait toute compagnie de bus de se développer pour rendre les R18 indispensables. Mais si l’illusion fait gagner du temps, le réel finit toujours par s’inviter à la table. Nous risquons comme jamais de nous retrouver dans le noir ou pire, de subir un accident sévère (« c’est sûr, reste à savoir quand ? » disait un responsable de l’énergie en France.

Les multinationales de l’énergie ont toutes décider d’investir dans les énergies renouvelables même EDF qui le fait partout sauf en France ce qui ne manque pas de piquant. En France le lobby proNuke veut nous faire croire et y arrive, que l’alternative soit entre du nucléaire avec un peu de déchets et zéro mort même dans les accidents, soit la destruction de l’environnement et des paysages par les énergies renouvelables. Peut-on échapper à ce débat binaire biaisé ?
Le développement des énergies renouvelables est fort critiquable : surtout les biocarburants, le bois énergie, les forets coupées par les champs P.V, le taux de profit des multinationales, les délocalisations, etc…) Mais peut-on critiquer les modalités, Doit-on ne rien critiquer de peur de faire le jeu des anti-ENR et pronuke ? Doit-on jeter le bébé avec l’eau du bain ?
Ici, nous proposons de critiquer et proposer, de faire débat et d’avancer des arguments au lieu du combat rhétorique pur où les pronukes et autres idéologues nous enferment.
Quant aux partisans du retour à une société énergétique de cueilleurs chasseurs, cela suppose une réduction de 99 % de la population. La taille de notre population passe par une production industrielle d’énergie, qui peut sûrement être divisée par deux ou trois ou quatre, mais , énormément divisé par deux ou trois, cela donne encore énormément (voir ici article à ce sujet) .

Pour elles, la recherche du profit passe par un coût le plus faible de production. Dans le photovoltaïque, les centrales au sol sont les moins chères. Moins cher que couvrir les toits. Elles nécessitent plus de matériel et d’énergie mais sont moins onéreuses en main d’œuvre. Dans un pays qui fait supporter les prélèvements sociaux indispensables à la société sur le travail et non le profit ou l’énergie ou la consommation de ressources, le choix est évident : les centrales au sol photovoltaïques permettent d’avoir des coûts de production les moins chers, moins chers que le nucléaire. Mais ces centrales nécessitent un bon ensoleillement et un foncier pas cher. Les forêts du sud du département du 05 ont les records de productions solaires et le foncier est plus que bon marché. La forêt de reconquête sur des terres pauvree dans des régions désertiques valent peau de balle économiquement. En biodiversité ce n’est pas pareil, elles sont infiniment plus riches que des terres agricoles de la Beauce. Dans ces conditions, les projets de centrales photovoltaïque au sol se multiplient dans le 04 et 05. Plus de 1500 hectares de forêts sont voués à la tronçonneuse, l’artificialisation, le gravier. Face à ces projets, des habitants sont mobilisés contre et hurlent légitiment à l’hérésie écologique. Pour l’écologie nous devrions artificialiser des hectares de milieux naturels et chasser une biodiversité déjà bien mal en point dans tout notre pays et détruire les rares endroits où elle est tranquille. Les partisans de ces centrales et leurs promoteurs, les accusent d’être des anti-tout, ce qui est court comme argument. A eux, nous ne répondons rien. D’autres, certains reconnaissent que c’est dommageable mais que nous devons accepter cette destruction car il n’y aurait pas d’alternative. A ceux-là, nous voulons répondre qu’ils se trompent. Nous reconnaissons la nécessité de produire de l’énergie renouvelable en même temps que de réduire nos consommations, mais il existe dans ce débat des éléments absents.

Leurs arguments sont que la maison individuelle artificialise bien plus d’hectares que le photovoltaïque. Nous leur disons que vous avez raison sur ce point. Le pavillon artificialisé à mort est responsable de la majorité des hectares artificialisés. Mais rajouter une destruction à une autre en prenant comme argument qu’elle est moins importante n’est pas recevable comme argument. Surtout que nous avons des alternatives : utiliser les espaces déjà détruits : les toits de ces maisons et les zones ou la biodiversité ne peut qu’augmenter vu ce qui reste. Simple, non car il faut renoncer à un peu de profit ce qui toujours inacceptable pour les multinationales et il faut surtout se mettre d’accord sur ce qu’est un espace détruit.

Il existe des espaces détruits pour la biodiversité : cela s’appelle les biocarburants.

Les surfaces bâties comme les surfaces agricoles voient leurs oiseaux disparaitre, seule la forêt tient le choc !

D’abord un peu d’historique sur les biocarburants, pour comprendre et ne pas toujours recommencer les mêmes erreurs.

Fin des années 90 : l’idée de produire des biocarburants séduit une partie du mouvement écologique et cette idée est promue dans l’opinion par de nombreuses personnalités. Face à la surproduction agricole de l’époque, cela paraît un bon moyen de réduire les rejets de CO2. La grosse agriculture industrielle, la FNSEA et son président chéri Chirac s’empare de cette idée et dans les années 2000, elle monte un formidable business : faire de l’essence avec du blé ou du colza. Cela fait la fortune du président de la FNSEA. Le hic est que le bilan pour l’environnement est désastreux comme l’est le bilan de la grosse céréaliculture industrielle : destruction des sols qui partent dans les rivières, pollution de l’eau potable qui coûte cher à dépolluer mais fait aussi un gros business, destruction de la biodiversité. Et tout cela coûte très cher, prend énormément de place : un million d’hectares en France, des millions aux USA et au Brésil, en Indonésie. Le pire est que les biocarburants ne réduisent pas de beaucoup les gaz à effets de serre, il faut pour les fabriquer énormément de CO2. Vu la déforestation engendrée par l’huile de palme, on s’aperçoit que le remède est pire que le mal, les biocarburants ont aggravé le réchauffement climatique ! Fin des années 2000, pour le climat, mais nous n’arrêtons pas une industrie florissante comme cela. Avec la crise de 2008, les prix des matières premières agricoles explosent, les émeutes de la faim éclatent, les céréales sont au plus haut. Nous découvrons un bout de la réalité physique, la photosynthèse agricole peut nous nourrir mais pas remplacer les énergies fossiles, pour cela il faudrait une planète 10 à 20 fois plus grande. Mais les lobbies ne meurent pas juste pour avoir eu tort sur la réalité, surtout dans l’énergie ou l’agriculture. L’Europe demande de réduire la voilure mais la France décide d’un statu quo, une grande surface sera consacrée aux biocarburants inutiles, polluants et gavés de subvention. En même temps, dans les années 2000, le terrain agricole vaut peau de balle, l’agriculture paye mal. Ça tombe bien car nous bétonnons à toute berzingue, les camions toupies prolifèrent. Le nombre de boites à chaussures type supermarchés explose, la France se couvre de pavillons, nous artificialisons 100 000 hectares par an ce sont les années rond-point. On va à fond mais on tourne en rond. Le développement de la France périurbaine multiplie les rocades, agrandit les routes, la surface agricole recule. Apparaissent alors des luttes contre les plus inutiles artificialisation : la Zone à Défendre et le combat de l’opinion est gagné : il faut arrêter de prendre de la surface agricole est une opinion répandue (excepté pour mon pavillon, mais c’est pas grand-chose !).

Le prix du photovoltaïque décroît fortement entre 2010 et 2020, il est divisé par presque dix. Il devient rentable de faire des champs photovoltaïques, équiper les toits moins. La décision prise fait consensus : il ne faut pas toucher les terres agricoles pour ne pas renchérir les prix agricoles. Les biocarburants passent au travers car ils étaient là avant la prise de conscience et leurs lobbies sont puissants, la FNSEA, un état dans l’état.

Il aurait été plus juste de décider de ne pas artificialiser de toute nouvelle surface et de ne pas raser des forêts.

Mais nous pouvons nous poser une question fondamentale : « Qu’est-ce qu’une surface artificialisée ? Sa définition est floue et contestable. Pas une abeille ne vit, pas un oiseau ne survit dans une culture chimique de biocarburants. Alors que les abeilles s’épanouissent dans un champs photovoltaïque planté d’herbes mellifères ; La pousse d’herbe est favorable au stockage de CO2, l’herbes pousse bien sous les panneaux, c’est même un plus pface au réchauffement ! Le sol se régénère, les collamboles et les vers de terre reviennent. Un champ de colza jaune industriel fait de belles photos bucoliques mais la réalité de sa biodiversité est un désastre. Nous devons considérer ces champs comme de la surface artificialisée, si nous définissons une surface artificialisée comme une surface dont la biodiversité est détruite. Beaucoup de personnes penses et définissent une surface imperméabilisée*. Un champ agro-chimique entre dans ce cas : un sol mort ne fait plus éponge, il ne retient plus l’eau et amplifie les inondations.

Comme souvent nous jugeons selon les apparences et pas selon la réalité du terrain : ici le terrain est artificialisé, morte et pollué, construire dessus des centrales photovoltaïques serait profitable a tout points : reconstitution de la biodiversité, rétention de l’eau, régénération des sols. La photo bucolique y perdrait beaucoup de son charme, j’avoue par ces temps où on réfléchit visuellement en 14 centièmes de secondes avant un clic c’est un gros handicap. Mais si nous obligions les promoteurs de ces parcs de construire des haies a respecter des critères sévères sur la biodiversité, l’impacts serait fort pour la biodiversité. 50 de remembrement ont tout détruit ce bocage si utile, le refaire vivre serait utile, nous pourrions même obliger les promoteurs à travailler l’aspect esthétique, sommes-nous condamné a construire toujours moches nos zones artificialisée ?

Un dernier détail qui est argument poids lourd : en remplaçant la production de biocarburants chimiques par du photovoltaïque, nous produiront à l’hectare entre 20 et 80 fois plus d’énergie. Le rendement de la photosynthèse est faible de l’ordre de 1 % avec beaucoup de perte de conversion (50 à 70 %). Le rendement du PV est de 20 % et les pertes sont faibles (10 à20 %).

La nouvelle génération de panneaux bifaciale qui permettent de produire avec des panneaux à la verticale laissent la place a la culture. Leur développement est une vrai révolution sur l’occupation de l’espace.

Bien sur l’image bucolique en prends un coup, les panneaux se voit alors que la destruction des insectes du sols est invisibles ; Mais l’essentiel est invisible, nous ne devons pas nous laisser abuser par nos biais cognitifs. Oui l’aspect des campagnes sera impacté mais devons-nous rester à la surface des choses ?

Raser des forêts de montagnes juste parce qu’elles sont ensoleillées et pas chères est intolérable. La biodiversité s’écroule de partout, laissez les tranquilles. C’est en plus absurde car on éloigne la production de la consommation, mais surtout une alternative est possible, intelligente : couvrir les toits ( ce qui ne suffira pas, mais à faire en priorité) et remplacer les surfaces de biocarburants par des champs photovoltaïques à haute exigence de biodiversité : production d’herbes sous les panneaux, peu de béton, apiculture, régénération des sols, haies bocagères. L’inconvénient est que le foncier agricole est plus onéreux que la forêt, situé au nord de la France et que mettre du gravier par terre évite l’entretien. Il y a un coût financier immédiat à ne pas tout détruire. Il a un gros coût a long terme à tout détruire.

Nous réclamons l’arrêt de ces projets et proposons des alternatives intelligentes pour produire de l’énergie sans faire n’importe quoi. Nous ne pouvons nous permettre de laisser l’hubris de nos multinationales détruire nos paysages préservés, allez plutôt réparer ce que vous avez déjà détruit.

La montagne est belle et elle est rebelle à vos projets coloniaux imbéciles….

Article initialement publié ici

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