Instauration d’un permis à point de manifestations : retour sur la repression de la manifestation contre la privatisation des biens communs, le 8 mai 2021 à Serre-ponçon !

Communiqué de manifestants et caisse de soutien

Par Neige | Publié le 12 octobre

Instauration d’un permis à point de manifestations : retour sur la répression de la manifestation contre la privatisation des biens communs, le 8 mai 2021 à Serre-ponçon !

Le 8 mai une manifestation a eu lieu contre la privatisation des biens communs sur le barrage de Serre-Ponçon, plus grande réserve d’eau, qui dans un monde de soif vaudra de l’or. Pour des incidents minimes, des organisateurs passent au tribunal et certains risquent beaucoup car la bourgeoisie a inventé le permis à points de manifestation. Nous proposons une caisse de soutien ici pour les trois militants qui vont passer au tribunal ici

1er mai 2021 à Paris

Nous voler notre eau et nos barrages, sans vous manquer de respect, ce n’est pas bien Mr Le président ! (Osez celui-là)

On n’est pas tout à fait d’accord pour la privatisation de l’eau de pluie aux bénéfices des actionnaires des multinationales !

On veut des privatisations solidaires et un peu sociales !

Ne nous piquez pas tout d’un coup, soyez progressifs et échelonnés !

Plusss de peinture verte sur les privatisations.

La spéculation sur l’énergie fait des hauts et des bas, pour les pauvres c’est un peu embêtant

Vendre des biens communs ce n’est pas très gentil !

Le privé c’est super mais on ne kiffe pas tous

Voici sûrement les slogans que nous aurions dû prendre le 8 mai, en les écrivant sur des cartons biodégradables et en marchant sur le trottoir pour ne pas gêner. Un recueil de doléances aurait pu être remis. Une entrevue demandée à la préfecture où des représentants polis auraient écouté sans jamais couper la parole, le représentant de l’état, le représentant de la copropriété qu’est devenu l’état français. Il nous aurait rassurés en nous disant que nous avions bêtement mal compris, idiots comme nous sommes, le projet Hercule. Pas de privatisation, juste des mises en concessions, pas de risque de flambée des prix de l’énergie à cause de la mise en marché spéculatif de l’énergie, pas d’accaparement de l’eau, ressource vitale, par des multinationales, pas de risque de blackout dû à la déréglementation. Pas de privatisation globale depuis 30 ans de tout les biens communs : des banques à l’émission de monnaie, en passant par TF1, la sécurité sociale, la santé, les autoroutes, la SNCF l’eau potable, etc…C’est compliqué braves gens et vous, franchement vous n’êtes pas outillés pour le complexe...La manifestation aurait commencé à l’heure et fini dès que les forces de l’ordre l’auraient décidé. Une manif de Bisounours. Mais le problème est que si la pensée Bisounours existe en France et est très implantée dans certaines catégories, celle-ci ne manifeste que très peu car il y a trop de sports, de loisirs, de festivals, de choses fun à faire et la vie roule pour les Bisounours, ils sont zen. Ils veulent bien faire des choses, mais dans le positif ou le colibri, l’animal qui fait un truc qui ne sert a rien, qui a bonne conscience mais dont la forêt finit par brûler.

Mais au lieu de cela, ce 8 mai 2021, nous avons osé perturber la circulation sur une route touristique pendant une petite demi-journée (preuve en même temps que nous étions très nombreux à être mobilisés) ! Nous avons nui au tourisme et à son cortège de vroum-vroum ! Seules les compétitions sportives ont ce privilège normalement ! Mais le pire, ce sont les tes tags, à la peinture, sur la route, affirmant que la privatisation est un vol. Des mots d’insultes en grand format. Encore pire : des manifestants qui secouent les grilles du barrage en disant qu’il est à nous. Derrière ces grilles, 30 fourgonnettes de gallinacés s’ennuient. Alors de l’ennui nait les forces du désordre, disait le philosophe. Et l’air pur de la montagne devient subitement piquant, brûlant, horriblement irritant. Alors la barbarie viscéralement inhérente de la jeunesse populaire, en train de défendre les acquis des grands-pères, s’enclenche, en rebroussant chemin, en pleurant de toutes ses larmes. Certains jettent quelques pierres qui arrivent sur les cailloux du barrage qui encaissent le coup. Le bruit du caillou recevant un caillou est court mais on en mesure la souffrance. D’autres vont encore plus loin dans le saccage : ils mettent des autocollants sur les panneaux « propriété privée ne pas entrer » et masquent en passant cette information vitale que "les barrages sont privés " (bien qu’ils appartiennent à une entité appartenant à la population). Les médias, à la solde de la subversion et bien connus pour leurs citriques viscérales du pouvoir, omettent de relater ces dramatiques évènements. Alors, la justice sur les ordres du gouvernement, intime aux forces de l’ordre de mobiliser du temps sur cette vaste affaire. D’autant plus courageux qu’elles n’arrivent même pas à répondre à celles des victimes de violences conjugales, de cambriolages, de délit sur l’environnement, de délinquance fiscale ou cravatée. Elle priorise et mobilise des forces pour retrouver les coupables de ce qu’a appelé notre jeune Président, sous l’effet du COVID, le chahut joyeux du 1er mai...(au cours duquel les forces de l’ordre ont chargé la foule directement avant les incidents).

L’enquête dure de longs mois alors que, une fois le plan hercule enterré, le prix de l’énergie est au plus haut grâce à la mise en spéculation des biens vitaux. Cette enquête aboutit à accuser des dangereuses personnes qui délinquent à coup d’autocollants, de tags et de cailloux sur cailloux (genoux, hiboux)….

Caillou, tag et autocollant, voilà le chifoumi du 8 mai, trois manifestants sont convoqués à la gendarmerie. Leur profil est typique : jeune multi- manifestant. Ne pourrait-on pas inventer "un permis de manifestant", que l’on pourrait retirer et donnerait lieu à un nombre limité de manifestations (car eux, vraiment, sont multi-cumulards !) ? Contre la spoliation des biens communs, contre la répression des migrants, contre la fin des retraites, contre la réforme de ci de ça, ils ont vraiment explosé leur forfait !

Heureusement, la justice est là pour rappeler que le droit de manifester, inscrit dans la constitution, est un droit encadré. Votre forfait est réduit grâce à des procédures baillons, avec retrait de points à coups de convocations et intimidations pour des broutilles.
C’est bien normal, un exemple : si un voleur vient chez vous pour vous cambrioler, vous n’avez pas le droit de l’insulter. Lui dire votre désaccord est certes autorisé ainsi que lui signifier poliment votre répréhension du déménagement opéré par ses soins. Mais de là à l’intimider, à jeter un caillou à ses pieds ou à dénoncer son vol en agressant du goudron à la peinture...

L’état a le monopole de la violence, affirme la justice et tout emploi de la violence par des manifestants est à réprimer. La définition de la violence est définie par l’état : un tag sur la route est violent, violente est la pose d’autocollant, violent est l’envoi de quelques cailloux sur du caillou....

Par contre, une coupure de courant n’est pas violente. Si l’ Etat sectionne à l’arrache des câbles d’un poteau électrique d’un refuge de pauvres migrants mineurs en errance, en plein hiver dans les Hautes-Alpes, là ce n’est pas violent. Résultat, rapidement, 10 personnes se retrouvent en intoxication de monoxyde et en caisson à cause du dysfonctionnement du chauffage. Heureusement que la bonne constitution de cette jeunesse révoltée, combinée au bon soin du service public, a sauvé de justesse ces pauvres mineurs d’un accident cérébral ou de la mort .... Si le drame était arrivé, il n’y aurait pas eu d’enquête car il n’y a pas eu de violence là, ce n’était qu’un accident....

Même si cette manifestation dénonçait un plan de privatisation de l’énergie, dont tout le monde voit aujourd’hui les conséquences avec l’envolée des prix, même si le ministre de l’Économie est devenu, en cette veille de grand concours de tartufferie, convaincu que ce système était mauvais (bref il nous donne raison), même si 90 % de la population est contre la privatisation des barrages, manifester est un droit qui emmerde les bourgeois, surtout quand ce sont des pauvres. Le suffrage démocratique, ils le voient comme un syndic de copropriété où l’on n’invite jamais des pauvres…. On vote selon son tantième de propriété, Mr arnault ou bolloré ont droit à un gros morceau…bien qu’ils contribuent peu, très peu aux frais de copro.

Les grands bourgeois qui nous dirigent et la classe bourgeoise qui les soutient n’aiment pas que la protestation ne soit pas policée. Pour eux les désaccords doivent être courtois. Ils peuvent être contre la politique du gouvernement mais on doit rester poli, démocratique, etc… La classe populaire qui manifeste, comme les gilets jaunes, est braillante, imprévisible, débraillée et instinctive…Il y a une grande différence entre s’opposer intellectuellement à une « réforme », le nouveau nom de régression sans être trop impacté par ces « réformes », et être opposé à cette réforme en ayant subi dans sa chair les réformes précédentes, en ayant connu le chômage, la précarité, les logements dégueulasses et froids la misère, les maigres fins de mois…. Les formes de protestation ne sont pas les mêmes, il y a forcément plus de tripes, de joie aussi, de passion. Je me souviens du regard et des réflexions des bourgeois de gauche et leurs apparatchiks, lors des manifestations de gilets jaunes : « d’accord sur le fond mais la forme on ne peut pas ! faudrait ordonner tout cela ! ».

Le pouvoir vise et cible, il sait qu’à force de petites condamnations, la justice fait boule de neige et pour quelques tags vous risquez la prison. La bourgeoisie macroniste a inventé le permis à points de manifestation avec peine de prison, si vous manifestez sans permis, c’est le procès et la prison. Ca calme ! Le temps où l’on faisait passer les réformes en les adoucissant (plus quelques bonbons) contre l’accord des grands syndicats qui éteignaient le conflit, est terminé. Le bon temps, comme pour les retraites en 2010, est fini. La base suit de moins en moins la tête de ces organisations. Et le contenu des « réformes sociales » change de nature, on arrive dans le dur. La vente des biens communs pouvait provoquer l’indifférence, quand il s’agissait de vendre Renault, mais à force de tout brader, on arrive sur la vente des barrages, des hôpitaux, de la Sécu, des écoles... Le pouvoir bourgeois sait que la résistance est plus âpre alors elle sort le gros bâton. Le schéma du maintien de l’ordre est simple, on mobilise énormément de pandores pour impressionner et on gaze au moindre incident, provoquant ainsi la réaction des manifestants qui justifie l’usage de la force. On gaze une foule pour quelques insultes à l’encontre de la police, bien que le plus vieux métier du monde qu’est celui de la police, se fasse insulter depuis toujours. On nasse la foule, on vise les plus motivés, on infiltre la manif, on filme tout, on déploie des moyens qui manquent cruellement pour les violences conjugales ou la délinquance en cravate qui nous ruine. La stratégie est de pousser à l’incident au lieu de la désescalade.
A force de réprimer le moindre esclandre qui était toléré avant, on hésite à manifester. A tel point que la CFDT a invité ses adhérents à des défiler le 1er mai virtuellement sur facebook pour éviter la casse sur le terrain ! (si si c’est vrai !!!)

Le retour risque d’être violent. Avec les catastrophes climatiques qui arrivent, la spéculation sur les pénuries et le désespoir que n’existera plus de lendemain clément, il va arriver le moment ou même les forces de l’ordre regretteront le chahut démocratique actuel. Ils regretteront le bon temps où les luttes se passaient dans un combat symbolique et non violent, quoiqu’on en dise.

Comment pensez-vous que va réagir la jeunesse dans quelques années ? Comment, face à l’état du monde, va-t-elle protester si en période de sécheresse on lui dit que l’eau est privée, que la santé est payante et que son avenir est bien sombre ?

Les Bisounours de l’avenir risquent de ressembler à cela :

Face à un monde qui craque, les copropriétaires du monde veulent un règlement de copropriété de plus en plus stricte, ne laissant même pas part à l’expression chahuteuse de la colère. C’est imbécile car on ne réagit pas devant la nuée en disant qu’elle fait de l’ombre….

https://journalidp.blogspot.com/2021/10/instauration-dun-permis-point-de.html

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