Les nuits du jazz

Jazz à Montpellier

Par Herbé | Publié le 15 mars

Arrivée pile à l’heure. Je m’installe au cœur du groupe qui m’a réservé une place, face à la scène, pour l’heure habillée de bleu. Toujours aussi peu confortables, les chaises en résine verte du JAM !
Le JAM (Jazz à Montpellier), c’est une salle de concert à taille humaine qui accueille l’école régionale de Jazz. Elle occupe les bâtiments d’un ancien mas viticole, sur la rive gauche du Lantissargues, légèrement en amont des Prés d’Arène. Belle reconversion pour ce fossile de l’ère de la viticulture de masse.

Pourtant, peu de monde ce soir pour écouter « Mystère trio quartet ». A mon habitude, je suis venu vierge de toute connaissance du groupe et de sa partition. Dans la lumière bleue, le quatuor prend place.

Sophie, alitée par un mal de dos, s’installe virtuellement en moi ! Faut voir ça, y a ses tétons qui pointent !

Quatre coups de baguettes, le batteur a donné le « la » et d’entrée, ça swingue ! Oui, c’est du swing. Ma néophilie jazzique récente me permet quand même de ne pas confondre le swing avec l’uppercut ! D’ailleurs, il est très percutant ce swing, les deux guitares se renvoient les sons d’un bout à l’autre de la scène, comme l’écho se répercute … ouais bon !

Et alors là, Sophie, je peux vous dire qu’elle sw …. euh, danse (pour éviter trop de répétition !). Oubliées les lombaires, elle n’en finit plus de remuer ma titanique rigidité.

Puis, Django occupe la scène avec le second morceau. Je suis, elle est, nous sommes immédiatement atteints de nystagmus, nos yeux par saccades oculaires observent le jeu stéréophonique des deux guitaristes dont les doigts, les doigts …. !
Pas besoin de médiator, les kératines digitales funambilisent sur les cordes à main droite, pendant qu’à main gauche les phalanges ont entamé une folle course poursuite, au sprint, cherchant l’une et l’autre a mutuellement se rattraper sur le fil de la corde. Quelle dextérité !

Mais bon sang de bonsoir, comment dit-on dextérité quand il s’agit de la main gauche ?
Des saccades oculaires, ma cervelle passe à des soubresauts neuroniques en quête de savoirs ….
Gaucherie ? Non, c’est le pendant de mal à dextre, maladresse !
Sinistralité ….. Brrr ! Si t’es pas gai …

Ce n’est pas le cas. Les morceaux s’enchaînent. Les yeux sombres du contrebassiste rient cette musique qui balance.

Sophie me remue le popotin et frappe dans mes mains.

C’est vraiment scandaleux, cette hégémonie linguistique des droitiers sur les gauchers ! Pendant que le « mystère trio quartet » nous chaloupe vers les continents noir et latino-amérindien, mon corps chante Sophie alors, qu’incorrigible, mon esprit surfe déjà sur la Toile pour mettre un mot sur … cette habileté à gauche.

Mais bien vite (quoique … vélocité à gauche ?), les rythmes joyeux de ceux que je n’ose appeler, par peur de méconnaissance jazzique, big band, les rythmes, disais-je, me prennent, nous reprennent.

« Sophie, si tu continues à remuer comme cela, mon poids aidant, la chaise est bonne pour l’infirmerie ! ». Alors, elle s’est mise debout pour battre le rappel.

Ils font à nouveau corps avec leurs instruments. « Le poinçonneur des lilas » façon jazzy fut une chaude expérience pour nos mains.

Et je suis reparti chez moi, enceint de toi, où à peine moi couché, tu t’es envolée sur la clé des sons pour me laisser à ma clé des songes. Moments oniriques où je t’ai couverte de chauds baisers pour que tu ne prennes pas froid. Ce fut délicieux . A bitter sweet symphony ….

Les jardins de l’aqueduc, le 5 février 2016

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