M’engager, oui mais à quoi ?

Capitalocène et société " cheap"

Par Carole-Claudine Herard | Publié le 21 avril
Symbole du capitalocène

Oui, à quoi ?
A étudier, à travailler comme une grande pour libérer la famille nombreuse. Ce fut fait, et ma foi, je m’en suis bien portée.

A me marier et fonder une famille. Ce fut fait, très difficile.

A m’inscrire dans un parti politique ? Ce fut fait. Peu convaincant.

Tout cela, ça fait déjà 62 années + 10 années au Champsaur à bosser sur 1000 m2 et dans ma maison bois. Ce fut fait, ma foi, c’est derrière moi.

Voyons, voyons, il ne me reste plus beaucoup de temps. De plus, le Covid 19 et sa silhouette de boule piquante, à présent et en plus soi-disant mâtinée de VIH, traîne à l’entrée des villes, des routes, des ports et aéroports. Si on le ramasse, il tue. Il terrasse. Il me rend vieille et plus vieille et plus vieille encore.

Mais ce temps devant moi, privé de jeunesse, de travail, d’envies débouche sur un goulet étroit, où se glissent les deux questions fondamentales qui bordent ma vie depuis longtemps.
Premièrement pourquoi la terre est-elle dévorée, pillée, mangée par des personnes, que je ne côtoie jamais bien sûr et que peu d’entre nous, simple citoyen lambda connaissent ? Elles sont comme un deuxième monde, invisible, inaccessible et impérieux. Deuxième question  : La terre est très mal en point, mais suis-je un tant soit peu coupable ou responsable ? J’ai seulement voulu vivre un tout petit peu mieux que la génération précédente, comme beaucoup de citoyens de base.

Alors là, depuis un mois, débauche de recherches sur les siècles passés, les riches, le CAC 40, les lobbies agro-alimentaires, les gaz, le pétrole, la machine à vapeur, les feux de forêts… J’agite le tout et je le mixe avec les longs parchemins de développement personnel, très enluminés autour de moi, susceptibles de calmer toutes sortes de questions, et bien sûr agrémenté d’un pur jus d’ortie bio, costaud pour endiguer le désordre des agités du bonnet. Certains s’en trouvent fort bien d’ailleurs… Moi, pas plus que cela.

Et voilà que je tombe sur un article qui me comble, oui, net, clic, de Raj Patel, un universitaire activiste américain, (au Texas, ma foi, il a bien du mérite …). Il fait remonter le pillage de la terre et l’enrichissement de quelques-uns, devenus de plus en plus nombreux, au 15° siècle, et pas à l’industrialisation au 19° siècle, comme je le pensais bêtement. Christophe Colomb arrivé en Amérique, a posé une bien belle question à ses sponsors Ysabelle Iʳᵉ de Castille et Ferdinand II d’Aragon. [ A lire, à voir, à comprendre].

Le coquin, le voyou, l’infâme, ce serait donc lui qui a lancé dans la même direction une longue ribambelle de pilleurs, exploiteurs, vendeurs d’esclaves, destructeurs de la planète, accumulateurs de gros sous…Allons, allons, n’oublions pas que la première entreprise par actions du monde est née chez nous, au XIVème siècle à Toulouse aux bords de la Garonne, sur le site des moulins de Barzacle…Donc, bien avant Christophe. Donc, il n’est ni coupable, ni responsable de tout.
Et Raj Patel de développer comment cette question spontanée du navigateur, ce regard particulier, sur le nouveau monde, source de richesses inestimables a engendré une catastrophe inéluctable. Cinq siècles plus tard, notre planète comporte des marqueurs indélébiles du passage du capitalisme sur terre. Nous sommes à l’ère du capitalocène, qui succède à l’holocène, relativement inoffensif.

L’accumulation de richesses, d’argent, de destructions a été rendue possible par une société "cheap" , qui démarre environ avec Colomb, puis l’esclavage, puis les progrès scientifiques et techniques. Pourquoi "cheap" ? Oui, « cheap » la nature, qui n’est pas à nous mais qu’on prend, « cheap », le travail, « cheap » l’énergie fossile, « cheap », les soins », cheap » l’argent »cheap », « cheap » les vies (Noirs plus exploités que Blancs). Donc, comme tout est « cheap », on a gâché, perverti, sali, ce qui dans les années 60 était ressenti comme merveilleux : la terre, l’air, l’eau, la faune, les oiseaux, les insectes. Je vous fais grâce de la perversion intérieure des cœurs et des esprits. Cela deviendrait trop compliqué. Peut-être un jour, je pourrai remercier un passeur qui déblaiera pour moi cette autre masse opaque.

Voilà, donc, tout commence aujourd’hui : Je m’engage sur l’honneur, à lire, à comprendre, à accumuler de la nourriture intellectuelle et la distribuer alentour.

Cela va-t-il servir à quelque chose ?
Commentaire d’un lecteur de l’article de Raj Patel : « Avant que ce soit "cheap", c’était cher, Ducon !!! »

Tout doux, l’ami, tout doux…Vous n’êtes pas responsable, ni conscient de votre vulgarité. Vous êtes l’un de nous, un des 7 milliards à être obligé de se nourrir de nuggets. Vous n’avez pas le choix. Là est votre survie dans les conditions actuelles.

Si je tiens mon engagement, il y aura sans doute une suite à cette partie 1….

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