Notre-Dame des Landes et autre

Percevoir l’essentiel grâce à l’anthropologue Philippe Descola

Par Jeanne de la lune | Publié le 6 janvier

Interrogé par France Culture en avril 2020 à propos de la pandémie de la covid 19, Philippe Descola se dit intéressé par les expériences de Notre-Dame des Landes et de Longo Maï par exemple. Et développe des points intéressants.

Pour rappel de l’expérience de la ZAD, trois éléments choisis un peu au hasard :
1. En 2019 :

2. L’aspect écologique des combats des zadistes, synthétisé dans cette chanson

3. Un carnet de croquis "de l’intérieur" que j’aime beaucoup : http://carnetsnddl.blogspot.com/

Descola voit dans ces réalisations récentes la mise en oeuvre d’une notion difficilement traduisible en français : " l’affordance" = ce que la terre propose, dont on peut disposer". Elle signifie la fin du saccage et des inégalités, un changement de la société par la résistance et par petits bonds, non plus "posséder la terre" et mais se laisser posséder par un milieu, vivre une affinité profonde entre humains et non-humains...

Un extrait audio de 2 mn 29 qui peut donner envie d’écouter l’interview complète de 26 minutes de l’anthropologue Philippe Descola.

A un certain moment de ma vie, je pensais : "Comment ces quelques troupeaux, ces quelques cultures de ce bocage humide au nord de Nantes vont-ils changer le monde ? Tout cela est marginal et peu intéressant."

Ces personnes, aux positionnements politiques et écologiques différents d’ailleurs, ont lutté contre la construction d’un aéroport et pour s’approprier un espace naturel voué à une réelle destruction de vie animale et végétale. Ils ont court-circuité les dégâts prévisibles en occupant la zone et en se hâtant d’élever et cultiver pour gagner leur droit à rester sur la zone.

Là encore, il ne s’agit pas de disserter sur la légitimité de cette occupation, encore en pourparlers. En effet, les luttes à la ZAD ne sont pas seulement écologiques. "Elles passent également par une réflexion sur la démocratie et sur un mode de vie, fondé sur le collectif et le partage des terres".

A travers les luttes, ils ont acquis un positionnement humain radicalement différent par rapport au monde environnant : "Ils ne défendent pas la nature, ils sont la nature qui se défend ".
Descola voit dans ces réalisations, un besoin de symbiose entre les humains, non-humains et le milieu naturel, rencontré lors de ses travaux en Amazonie de 1976 à 1979 sur l’imaginaire des Indiens Achuar ou Jivaros.
Il affirme : " La nature n’existe pas". Les humains sont depuis des millénaires en compagnonnage avec de multiples espèces dans de multiples milieux. On le voit par la visite des animaux sauvages en ville, en ce temps de pandémie. Le terme "nature " est un concept très récent, apparu lors du développement du capitalisme industriel du 18° siècle. La surexploitation systématique des ressources globales offertes par "la nature" a conduit aux désordres actuels, prémisses de catastrophes plus inquiétantes encore.

Il y a beaucoup à dire et à lire sur le sujet et il ne faut pas s’en priver.

Mais pour rester sur le sujet de la pandémie, l’une des hypothèses les plus plausibles, c’est que le virus passé, on ne sait pas encore comment, hors de son milieu naturel habituel atteint le monde entier depuis une année, parce ses conditions de vie ont été bouleversées et impactées par les destructions massives des forêts et zones humides. La destruction de la forêt amazonienne revient en boomerang contre les masques du monde entier. On pourrait remplacer "la destruction de la forêt amazonienne" par X autres scandales écologiques, le choix ne manque pas.

Essayer de capter le moment précis où un point de vue personnel bascule grâce à la parole d’un anthropologue sensible, tenter d’expliquer ce glissement infime mais capital, à d’autres personnes à travers un article de journal est difficile et/ou prétentieux.

Mais mon esprit se nourrit, je me passionne et les pages Internet se visitent, se tournent, se comparent tout comme on le faisait autrefois des pages des livres ; ce sont les mêmes trésors.

Tout un chacun peut le faire...sur ce journal et faire plaisir à d’autres.

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