Pour la fin du Rallye Monte Carlo

Argumentaire du collectif Ras le Rallye 05 qui explique que Rallye, Climat c’est le même combat !

Par Neige | Publié le 23 février

Faire l’apologie des loisirs motorisés dans un contexte d’urgence climatique.
Où est la cohérence ?

Le Massif Alpin a déjà pris 2°c au cours du 20ème siècle et les dernières prévisions annoncent 7°C pour 2050. Nous sommes à l’heure des marches mondiales pour le climat et d’une prise de conscience de l’urgence du changement à effectuer.
Et à côté de ça nous organisons des rallyes automobiles, qui font la promotion de la voiture individuelle, dans l’intérêt d’une industrie automobile, tournée vers le profit, et en partie responsable de la crise climatique. Nos élus et nos médias vont faire la leçon à la personne lambda qui a besoin de sa voiture (parfois un diesel) pour aller travailler, faute d’avoir accès à un service publique de transport en commun gratuit ou à moindre coût... Et par ailleurs, ces mêmes élus organisent des événements où les émissions de CO2 et les différentes pollutions ne sont absolument pas prises en compte, et sont gaspillés sans aucune légitimité à l’être, contrairement à notre personne lambda qui dans le contexte actuel à quelques excuses à utiliser sa voiture, même si elle aussi devra au final arrêter.
Donc oui arrêtons le Rallye Monte-Carlo, mais également tous ces événements qui n’ont plus leur place dans un monde où la sobriété est de mise, où il faut changer radicalement nos modes de production, de consommation, et de gouvernance : Tour de France cycliste, Jeux Olympiques, coupe du monde de football, championnats du monde d’athlétisme au Qatar (stade réfrigéré alors qu’il fait près 40 degrés), manifestations diverses et variées...
Quelle importance peut avoir tout cela face à l’enjeu de préserver l’humanité et toutes les espèces vivantes qui font que la planète Terre telle qu’on la connaît peut exister aujourd’hui et le pourra demain ?

Le coût de l’organisation de ce rallye
De très gros moyens financiers sont mis en œuvre pour le passage du Rallye Monte Carlo...aux frais des contribuables ! Ceux-là même à qui le Département et la Région ont augmenté les tarifs du ramassage scolaire de...170 % en 2018 ! Pour 2019, ce sont : 1131 gendarmes et 721 sapeurs-pompiers qui sont mobilisés. Sans compter le travail des employés communaux, la mise à disposition des infrastructures, l’entretien des routes....

L’importance toute relative des retombées économiques
« Le 86ème Rallye Monte-Carlo qui a rassemblé 235 000 spectateurs et dont les retombées économiques ont été estimées par l’Agence à 9,4 millions d’euros » selon le rapport activité de l’Addet en 2018.
L’association haute-alpine Alpes Rallye Clean, amie du Rallye Monte Carlo, quant à elle, annonce 3 800 000 € de retombées économiques directes et 9000 spectateurs présents sur les spéciales en moyenne.
On peut déjà remarquer une certaine incohérence entre ces deux sources pro-rallye, notamment sur le nombre de spectateurs.
Rappel de données économiques locales : avec 388 000 lits touristiques, 22,7 millions de nuitées (46 % l’été, 38 % l’hiver et 16 % le printemps et l’automne), 1,22 milliard d’euros de consommation touristique (dont les 1/2 portés par les stations de ski), le tourisme génère 35 % de la richesse locale et 15 000 emplois. Cependant, l’économie touristique hivernale est subventionnée à 80%, alors que celle estivale l’est très peu.
Tout d ’abord, tous les spectateurs du rallye ne sont pas des « nuitées », donc, dans le cadre de l’événement, cela représente bien moins de 1% des nuitées.
Ensuite, l’impact économique serait de 9,4 millions d’euros, mais quel est le coût économique de l’impact négatif de cet événement en terme d’image et de cohérence de développement d’un territoire dédié aux activités de pleine nature ? Par ailleurs, si nous regardons les slogans de tous les offices de tourisme des territoires du département, la seule chose qui est mise en avant ces sont les mots « territoire nature et préservé » et des photos de nature grandiose. Pas d’images de pot d’échappement, de voiture ou de rallye.

Finalement, si on n’est pas capable de pallier au poids économique d’un rallye ne représentant même pas 1% de l’économie locale, comment va-t-on faire pour en changer 38% (tourisme hivernal) ? Et c’est pourtant bien cela qu’il faut entreprendre aujourd’hui !En fait qu’il aurait fallu démarrer il y a trente ans : en 2050, avec 7 degré de plus, cela en est fini de l’or blanc, et de beaucoup d’autres choses. Être dans le déni de ce constat ne nous permettra pas d’échapper à une réalité qui va nous sauter à la gueule.

Le greenwashing
Désormais, rallye rime avec écologie. Euh ?! Pardon ? J’ai bien compris ? « Pour la première fois, des sacs en cartons seront distribués aux spectateurs afin que ceux-ci puissent jeter leurs déchets. D’autre part, le rallye lance aussi une opération de reboisement et de compensation carbone ».
Allons, soyons sérieux une minute. Tout cela n’est que de la poudre aux yeux pour tenter de rendre un événement inacceptable, acceptable : ces « actions » ne sont que des leviers de marketing et de communication.
Même analyse en ce qui concerne la compensation carbone : « La compensation permet de continuer à exalter la voiture, et indirectement les énergies fossiles, tout en exprimant »un soi-disant « souci de l’environnement », affirme M. Fragnière, chercheur spécialisé dans les questions éthiques de politique environnementale (Le Monde, 06/03/2019). De plus, la reforestation s’apparente souvent à planter des espèces engendrant pollutions et destructions : par exemple du type eucalyptus pour la production de pâte à papier. Et dans ce cas-là, le carbone est à nouveau libéré dans l’atmosphère quand l’arbre est coupé... Sport 24, blog du journal le Figaro, écrit : « Promouvoir du sport automobile « vert », c’est maintenir en vie « l’émotionnel » automobile par le goût de la performance, sans mauvaise conscience, au service des ventes. » Par conséquent, l’enjeu est de maintenir les profits, dans l’économie capitaliste libérale, de l’industrie automobile.
Alors le rallye en voiture électrique ? Et bien, c’est toujours non : le bilan carbone de la voiture électrique est aussi catastrophique que celui d’une voiture au pétrole !

Un rallye automobile dans le Parc National des Écrins : de l’oxymore à la schizophrénie ?
Cette course va à l’encontre de l’engagement des communes qui ont signés la charte du Parc National des Écrins. Par ailleurs le circuit se déplace en limite du cœur de Parc : où est la cohérence ? C’est de l’irresponsabilité, d’autant plus que nous sommes dans un monde où il est demandé aux citoyen-ne-s de réduire leur impact environnemental, où les pics de pollution sont fréquents, et où il est avéré que le Massif Alpin à déjà pris, en moyenne, 2°C d’augmentation des températures.

Une société où, avec la participation des élus, des comportements irresponsables sont encouragés.

Le rallye promeut des comportements en totale contradiction avec les campagnes de prévention diffusées par la sécurité routière. Pour rappel : en 2016, 3 469 personnes ont été tuées sur les routes françaises.
L’incitation à la conduite à haut risque sur les routes est bien réelle. Lors des nombreux repérages et des entraînements pour les pilotes de rallye, les essais sont effectués aux côtés des usagers (piétons, cyclistes, automobilistes) parfois à grande vitesse, rendant la fréquentation des routes dangereuses et donnant un spectacle navrant d’inconscience. Ce type de manifestation constitue évidemment une « éducation à rebours » qui s’oppose aux efforts des enseignants, des éducateurs sportifs et des nombreuses associations qui travaillent pour une éducation à l’environnement, à la santé (lutte contre la sédentarité) et à la sécurité routière.


La « prise de conscience » du haut-alpin Sébastien Ogier

Il déclare dans le journal « Le Parisien », article du 3/10/2019, qu’il souhaite s’investir dans les combats écologiques : « « J’aime le sport auto pour l’adrénaline et la vitesse qu’il procure, mais j’aime de moins en moins les conséquences que l’industrie automobile a sur notre planète, justifie-t-il. C’est clairement un point qui me touche et je vais m’investir de plus en plus. (…) Je ne veux pas que mon fils me dise plus tard : Tu fais partie des gens qui ont laissé la planète dans cet état ? Je veux au contraire qu’elle soit meilleure pour lui. » Alors, Ras le Rallye !!!

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