Produire et manger local

Des formations d’éducation populaire s’imposent

Par Herbé | Publié le 11 avril

Locavorisme

Adieu bananes de Colombie, dattes et agrumes de Tunisie ! Mes figues de Turquie et mes ananas de la Martinique. Finis thés et cafés équitables, …..
Achetez et consommez local ! Désormais, tout le peuple des utopistes-écolos-gaucho-anarchistes n’a que ce mot d’ordre à la bouche « Mangez local, consom’acteurs ». J’exagère. C’est exact, j’erre. Dans les méandres du non-savoir en la matière. Comment BIEN faire ?

Il est vrai que le locavorisme a beaucoup d’avantages par delà le fait que ce néologisme paraît barbare :
=> Respect de la saisonnalité des aliments qui de ce fait sont naturellement plus riches en nutriments
=> Obligation de consommer des produits frais …. c’est paraît-il tout bénef pour le poids et la santé
=> Participation à la transition écologique par une moindre sollicitation des transports
=> Regard potentiel sur les conditions de production
=> Augmentation de la créativité culinaire

S’inscrivent en « négatif »
=> Perte de diversité des produits offerts, on finit par manger toujours les mêmes produits
=> Obligation de cuisiner
Le recours aux surgelés ou à l’ouvre-boîte est quelquefois souverain ! « Et alors ?, là dans ton sachet ou ta boîte, achetés chez l’épicier du coin (local !), tes haricots verts ont probablement fait le tour du monde en camions et bateaux. Bonjour, les gaz à effet de serre ! »

Le local, c’est combien ?

Bon, c’est bien joli tout ça, mais de toi à moi, le local, la proximité elle se borne à combien ?
Dans les années 90, Pierre Rabhi, locavore avant l’heure, considérait comme local tout aliment produit dans un rayon de cinquante kilomètres autour du lieu de consommation.
La californienne Jessica Prentice, à l’origine du vocable locavorisme, préconisait cent miles, soit environ cent-soixante kilomètres.

Si je comprends bien, à partir de Googlemaps, en cliquant droit sur Saint Bonnet, les cent soixante kilomètres de rayon incluent, à vol d’oiseau Lyon, Saint Étienne, une grosse part des deux Savoie, Turin, englobe Menton (Yes les citrons !) et le Var (Hips !), flirte avec Marseille et Toulon pour faire une bonne bouillabaisse. Est-ce encore respirable en terme de CO2 ?
Le cercle de Rabhi, qui évite Grenoble, flirte avec Briançon et Sisteron, englobe la partie pré-alpine de la Drôme …., nous limiterai aux fruits et légumes du Val de Durance. Adieu sardines et maquereaux … restent les truites

Et toi qui me lit, c’est quoi ton rayon local pour faire tes appros ? Comment tu t’arranges en terme de GES ?

Qué fasem ? Que faisons-nous ?

Dans un tel rayon de cinquante kilomètres, les agriculteurs, nos agriculteurs, peuvent-ils subvenir aux besoins de la population indigène et touristique ? Veulent-ils nous pourvoir d’une alimentation saine poussée sans produits chimiques de synthèse (Définition de l’agriculture biologique).
En Champsaur Valgaudemar, seuls 17% des agriculteurs ont pris ce virage technique de la Bio (Source : Agreste HA sept 2001 …. ils feraient bien de se mettre à jour !)

Comme leurs grands-parents et parents ont accompli le miracle technique de l’auto-suffisance alimentaire (oui, je sais nos générations en paient le prix ), les agriculteurs d’aujourd’hui tiennent entre leurs mains les clés du « manger local » et du « moins mais mieux ».
Et ce, d’autant plus que nous allons devoir faire face au réchauffement climatique et autres vicissitudes virales, animales et humaines.

Cela nécessite donc de tordre le cou à nos formatages passés, une évolution de notre monde de pensée, un changement de paradigme si l’on veut se gausser.
On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Comment leur donner soif aux défenseurs du « on continue comme avant » ? Comment créer cette rupture ?
En instruisant, en éduquant, en enseignant. D’aucuns appellent ça de l’éducation populaire.

Produire et manger autrement, moi j’sais pas

Nous avons localement les ressources humaines. Les rouges coquelicots, les décroissants, les écolo-anarcho-babas-cool … tout ceux qui ont franchi le pas.
Parce qu’aujourd’hui leurs seuls exemples individuels ne suffisent plus. J’en appelle à leur solidarité. A l’aide, help, solidarnosc !!!!

A l’attaque, donc ! Notre avenir agricole et alimentaire a besoin d’eux pour aller à la rencontre des agriculteurs pour comprendre leurs difficultés de transition technique, mieux connaître l’alphabet de la production. Sans oublier comment faire mes courses et budgéter mon changement d’approvisionnement, comment cuisiner autrement ? Sans oublier les aspects mutuels : AMAP, « coopératives de consom’acteurs », revalorisation de la pommeraie champsaurino-gaudermarvalloise..... Ce ne sont pas les idées qui manquent.

Cela nécessite une ouverture, sans ouvre-boîte, en opposition à la posture d’affrontement. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Et chaque chemin, aussi difficile soit-il, commence toujours par un premier pas.

Si ensemble nous essayions, pourquoi pas ?

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